Votre téléphone est plus puissant que les ordinateurs d'Apollo 11

Le smartphone dans votre poche a plus de puissance de calcul que tous les ordinateurs qui ont envoyé des hommes sur la Lune.

Votre téléphone est plus puissant que les ordinateurs d'Apollo 11

Votre téléphone est plus puissant qu'Apollo 11

Le 20 juillet 1969, Neil Armstrong pose le pied sur la Lune. C'est le sommet de la technologie humaine, l'aboutissement d'une décennie d'efforts colossaux, impliquant 400 000 personnes et un budget équivalent à 280 milliards de dollars actuels. L'ordinateur qui a guidé les astronautes jusqu'à la surface lunaire avait moins de puissance de calcul que votre brosse à dents électrique moderne.

L'ordinateur de guidage Apollo (AGC)

Le cerveau informatique de la mission Apollo était l'Apollo Guidance Computer (AGC), conçu par le MIT Instrumentation Laboratory. Pour l'époque, c'était une merveille de miniaturisation.

SpécificationAGC (1969)
Mémoire RAM4 Ko
Mémoire ROM72 Ko
Fréquence0,043 MHz (43 kHz)
Poids32 kg
Consommation55 watts
Prix (ajusté 2026)~150 000 $

Pour mettre en perspective : la RAM de l'AGC pouvait stocker environ 4000 caractères. Ce paragraphe que vous lisez en fait presque autant.

Votre smartphone en 2026

Un smartphone d'entrée de gamme aujourd'hui :

SpécificationSmartphone 2026Ratio vs AGC
RAM8 Go2 millions x
Stockage128 Go1,8 million x
Fréquence CPU3 GHz70 000 x
Poids180 g0,005 x
Consommation5 watts0,09 x
Prix300 €~0,002 x

En termes de puissance brute de calcul, votre téléphone est environ 100 millions de fois plus puissant que l'ordinateur qui a guidé des hommes sur la Lune.

La hiérarchie de puissance

Pour situer l'AGC dans l'histoire de l'informatique :

AppareilPuissance vs AGC
Calculatrice TI-30 (1976)x10
Montre Casio calculatrice (1980)x50
Commodore 64 (1982)x1 000
Nintendo NES (1985)x10 000
Carte SIM modernex2 000
Carte de crédit à pucex5 000
Clé USB (contrôleur)x50 000
Apple Watchx1 million
iPhone 16x120 millions
PlayStation 5x10 milliards

Votre grille-pain connecté, votre sonnette vidéo, votre ampoule "intelligente" — tous ces objets ont plus de capacité de calcul que ce qui a permis d'atterrir sur la Lune.

Comment ont-ils réussi ?

C'est la vraie question fascinante. Avec si peu de ressources, comment la NASA a-t-elle accompli l'exploit le plus complexe de l'histoire humaine ?

1. Un code parfaitement optimisé

L'équipe de Margaret Hamilton au MIT a écrit le logiciel de vol. Chaque ligne de code était optimisée à l'extrême. Pas un octet de gaspillé.

Le programme entier tenait en 145 000 mots de mémoire (environ 580 Ko). Aujourd'hui, une seule photo de votre téléphone pèse plus lourd.

La célèbre photo de Margaret Hamilton à côté de la pile de listings du code Apollo montre des documents plus hauts qu'elle — le code source imprimé. Ironiquement, ce code tiendrait aujourd'hui sur une clé USB de 5€ avec de la place restante pour des milliers de films.

2. Calculs faits au sol

L'AGC n'effectuait pas tous les calculs. Les trajectoires complexes étaient calculées sur des ordinateurs géants au sol (IBM System/360) puis transmises aux astronautes par radio.

L'AGC se concentrait sur :

  • La navigation en temps réel
  • Le guidage d'attitude (orientation)
  • Le contrôle de la descente lunaire
  • Les procédures d'urgence

C'était davantage un pilote automatique qu'un cerveau autonome.

3. Des astronautes formés à intervenir

Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins n'étaient pas des passagers. Ils étaient des pilotes d'essai chevronnés, formés pendant des années à prendre le relais si l'ordinateur défaillait.

D'ailleurs, lors de l'alunissage, Armstrong a dû prendre le contrôle manuel quand l'ordinateur les dirigeait vers un champ de rochers. Il a posé le module lunaire avec seulement 25 secondes de carburant restant.

4. Une architecture résiliente

L'AGC était conçu pour gérer les erreurs. Lors de la descente vers la Lune, l'ordinateur a déclenché plusieurs alarmes "1202" et "1201" — des surcharges de calcul. Les ingénieurs au sol ont déterminé en quelques secondes que ces alarmes n'étaient pas critiques et ont autorisé la poursuite.

Le système priorisait automatiquement les tâches essentielles et abandonnait les moins importantes. C'était du multitâche préemptif avant l'heure.

Margaret Hamilton : la femme qui a inventé le "logiciel"

Margaret Hamilton dirigeait l'équipe de développement logiciel du MIT pour Apollo. Elle a littéralement inventé le terme "software engineering" pour donner de la crédibilité à son domaine, alors considéré comme secondaire par rapport au hardware.

Son insistance sur la gestion des erreurs a sauvé la mission Apollo 11. Elle avait prévu les scénarios d'alarme qui se sont effectivement produits.

En 2016, Barack Obama lui a remis la Médaille Présidentielle de la Liberté, la plus haute distinction civile américaine.

Le paradoxe moderne

Avec 100 millions de fois plus de puissance que l'ordinateur qui a envoyé des hommes sur la Lune, que faisons-nous de nos smartphones ?

  • Scroll Instagram
  • Regarder des vidéos de chats
  • Jouer à Candy Crush
  • Envoyer des emojis
  • Prendre des selfies avec des filtres

Ce n'est pas une critique — c'est juste... ironique. La puissance de calcul qui aurait permis à la NASA des années 60 de calculer des milliers de trajectoires lunaires simultanément sert aujourd'hui à ajouter des oreilles de chien sur des photos.

Ce que ça dit de la loi de Moore

Gordon Moore a prédit en 1965 que le nombre de transistors sur une puce doublerait tous les deux ans. Cette "loi" s'est vérifiée pendant des décennies.

AnnéeTransistors dans un processeur
1969 (AGC équivalent)~5 000
1985 (Intel 386)275 000
2000 (Pentium 4)42 millions
2010 (Core i7)731 millions
2026 (Apple M4)28 milliards

En 57 ans, nous sommes passés de 5 000 à 28 000 000 000 transistors. C'est une multiplication par 5,6 millions.

Et aujourd'hui, la NASA ?

Les ordinateurs des missions spatiales modernes sont évidemment plus puissants, mais pas autant qu'on pourrait le croire. La NASA utilise souvent des processeurs plusieurs générations en retard — volontairement.

Pourquoi ? La fiabilité. Un processeur plus ancien est mieux testé, ses bugs sont connus, son comportement est prévisible. Dans l'espace, la nouveauté tue.

Le rover Perseverance sur Mars (2021) utilise un processeur PowerPC 750 de... 1997. C'est l'équivalent d'un iMac G3 de l'ère Bondi Blue. Mais il fonctionne parfaitement à -60°C et résiste aux radiations cosmiques.

La vraie leçon

La mission Apollo n'était pas un triomphe de la puissance brute. C'était un triomphe de l'ingéniosité humaine sous contrainte. Les limites technologiques ont forcé les ingénieurs à être brillants, à optimiser chaque détail, à créer des systèmes élégants et résilients.

Aujourd'hui, nous avons tellement de puissance que nous pouvons nous permettre d'être inefficaces. Le code est souvent bloated, les applications pèsent des gigaoctets, les mises à jour sont constantes.

Les développeurs d'Apollo n'avaient pas ce luxe. Chaque octet comptait. Chaque instruction devait être parfaite.

La prochaine fois que votre smartphone rame en ouvrant une application, pensez à ceci : en 1969, avec un millionième de cette puissance, des humains ont voyagé à 384 400 km de la Terre, se sont posés sur un autre monde, et sont revenus sains et saufs. Le problème n'est pas toujours le hardware.